Pour sa huitième édition Drawing Room, le Salon du dessin d’art contemporain, est toujours proposé dans le magnifique écrin qu’est la Panacée. Pour 2017, les 14 Galeries participantes (six Montpelliéraines, six Parisiennes, une Toulousaine et une Genevoise) ont eu la contrainte qui consiste à ne présenter qu’un seul artiste (une monographie) par galerie. Mais de cette contrainte est née une meilleure lisibilité, une possibilité de faire un focus sur un seul artiste et ainsi mieux faire passer son message et partager son univers.

Invité par Nicolas Bourriaud, dans le cadre de Drawing Room 017, le couturier et designer Jean-Charles de Castelbajac dévoile pour la première fois une sélection de dessins issus de sa collection personnelle en écho à son propre travail : Dessin-Destin.

Notre choix subjectif d’artistes présentés par les Galeries

Galerie AL/MA Montpellier – Eric Manigaud

Né en 1971, le stéphanois Eric Manigaud dessine, à partir de photographies, des œuvres de grand format extrêmement précises. En s’attachant en particulier à reproduire des images des débuts de la photographie scientifique (photos de scènes de crime, de missions d’exploration en Afrique, de la Première Guerre mondiale), les dessins de Manigaud arrêtent le regard, le plongent dans une sorte d’état hypnotique et donnent beaucoup à réfléchir sur les prémices de la vérité par l’image. Nous permettant ainsi de nous en rapproprier l’étrangeté et les puissances de fiction.

 

Galerie Clémence Boisanté (Montpellier) – Simon Pasieka

« Simon Pasieka peint des figures humaines sans âge dans un cadre naturel peuplé d’architectures mystérieuses. Rives de lac, herbes folles, corps nus androgynes, structures de métal rouillé, humidité de l’air, irisation, jeux de reflet et de transparence composent le vocabulaire visuel du peintre en pleine maturité. Baignés dans une lumière de petit matin, les personnages se reposent, jouent, peignent, sculptent, avec sérénité. Pasieka travaille d’imagination et pourtant se contraint à un réalisme strict. Ses tableaux d’utopie charrient d’autant plus leur poésie grave et délicate que ce sont des mondes possibles. »

Thomas Levy-Lasne

 

Aperto (Montpellier) – Emmanuel Régent

Emmanuel Régent vit et travaille à Villefranche-sur-Mer et à Paris. Diplômé de l’École nationale supérieure des beaux-arts de Paris en 2001, il est lauréat 2009 du Prix Découverte des Amis du Palais de Tokyo où il expose l’année suivante. En 2014, il est résident à bord de la goëlette Tara / Agnès b, pour un itinéraire qui le mènera des Cyclades au Liban. En 2015, il est lauréat de la commande publique pour le Mémorial du camp de Rivesaltes.

Un grand dessin de sa serie Palmyre est actuellement exposé au consulat de France à New York jusqu’au mois de mars 2018.

Depuis une dizaine d’années, Emmanuel Régent dessine au feutre à l’encre noire sur papier blanc des files d’attente, des rochers de bord de mer et plus récemment des bateaux qui coulent, des traces d’avions écrasés au sol, des vestiges archéologiques ou des villes contemporaines en ruine.

Cette série, intitulée « Pendant qu’il fait encore jour », fait allusion au romantisme pictural mais également à la culpabilité que génère la beauté des images de catastrophes. Palmyre est à la fois une représentation romantique de la ruine comme un modèle classique de la résistance au temps, mais aussi le symbole d’une violence actuelle où le patrimoine culturel et la diffusion de l’information en temps réel deviennent aussi des enjeux géopolitiques et religieux.

Iconoscope (Montpellier) – Hippolyte Hentgen

Hippolyte Hentgen désigne une entité artistique curieuse dont le nom composé d’un prénom grec (dompteur de chevaux) associé à un patronyme luxembourgeois est issu de la rencontre entre les artistes Gaëlle Hippolyte et Lina Hentgen.

De cette hybridation nominative inaugurale, la production artistique de ce personnage à quatre mains se manifeste à travers le mixage d’images reproduites qui sont choisies, samplées, remaniées, associées, confrontées, assimilées selon une pratique du dessin qui s’envisage tel un moteur joyeux (HH, 2009).

Hippolyte Hentgen manipule(nt) et recycle(nt) ainsi les signes d’une production visuelle proliférante populaire et savante dont les sources sont multiples, aussi bien artistiques, scientifiques, cinématographiques ou publicitaires, avec humour, plaisir, virtuosité, complicité et dérision.

Ce faisant , leurs compositions désacralisent ces représentations premières aux origines hétérogènes en leur offrant une nouvelle part de mystère, sous la forme de rébus énigmatiques.

Si le lien qui traverse cette multitude d’images est le traitement par le dessin, cette pratique se prolonge par ailleurs quelques fois dans des sculptures, des wall drawings et des formes théâtrales.

Galerie Vasistas (Montpellier) – Sylvain Fraysse

Résolument ancré dans la culture rock et alternative des années 90 et trouvant écho dans la littérature américaine de la génération X, Sylvain Fraysse ambiance, dans ses oeuvres – dont certaines viennent d’entrer dans la prestigieuse collection de Carré d’Art à Nîmes –, une forme de romantisme subversif désuet. Suite au suicide de Kurt Cobain le 5 avril 1994 à Seattle, la police procéda à la perquisition de son appartement de Los Angeles. Ce sont les images purement factuelles de ce rapport qui composent cette nouvelle série de 5 gravures intitulée « Rust Never Sleeps ».

Comme l’écrit Tanguy Blum à propos de Sylvain Fraysse : « Son travail nous fait toucher du doigt un mystère, qui est comme une pierre philosophale de la noirceur. C’est un art qui change l’image en humain, l’objectif en subjectif et dévoile le sensible par cet accomplissement poétique : l’impression d’un regard. »

Under Construction Gallery  (Paris) – Amélie Scotta

Amélie Scotta use de divers médias dans sa pratique plastique (édition, estampe, photographie, animation…) mais le dessin et l’écriture restent ses outils privilégiés. Entre travail documentai re, narration et jeu graphique, c’est toujours la recherche de poésie, d’absurde et d’intrigue dans le quotidien qui motive sa création. Aussi, les langages, codes et moeurs de notre société sont souvent ses terrains de jeu et d’exploration.

Le travail d’Amélie Scotta est un va-et-vient constant entre artisanat et numérique. Dans ses dernières séries, elle s’intéresse à l’architecture comme « folie humaine ». De la démesure des stades et gratte-ciel à l’incontrôlable p ro l i f é rat i o n d e s i m m e u b l e s d’habitation, se dégage un mélange de malaise et de fascination. Par un dessin basé sur la lenteur et la répétition, elle confronte l’aléatoire de la main à la perfection de la machine pour réinjecter de l’humain à ces constructions. Les papiers sont fragiles, les perspectives imparfaites, les échelles discutables. L’illusion est là, mais tout ce décor semble précaire.

Galerie Laurence Bernard (Genève) – Marion Tampon-Lajarriette

La plasticienne s’intéresse aux œuvres sur papier pour poursuivre ses jeux de déconstruction de l’image qu’elle nous donne à voir. Son axe de recherche est scientifique, touchant à l’astrophysique, à la géométrie et aux mathématiques. Dans ses travaux récents, l’artiste fait appel à la géométrie dite sacrée. Définie comme un ensemble de proportions observé dans la nature, ce système régit notre univers.

Les dessins aux allures d’esquisse de Marion Tampon-Lajarriette y font référence et évoquent aussi par leur titre – «Polychoras» – , les formes quadri-dimensionnelles nommées «Polyèdres», sujets d’étude privilégiés des mathématiciens de l’Ancienne Grèce comme Euclide. Ces polygones complexes sont dessinés en retrait, par l’utilisation d’une résine déposée à main levée sur un dessin préparatoire, inscrit sur un collage de feuilles de papier. L’ensemble de la composition est ensuite recouvert de spray. Le dessin quant à lui, apparaît lorsque l’artiste, retire la résine, en laissant apparaître des bribes d’anciens textes scientifiques qui évoquent la formation des éclipses ou dressent des cartes du ciel.

Chez Marion Tampon-Lajarriette il est toujours question de flux, de flux d’images et de références qui nous mènent vers un autre espace.

Galerie Anne-Sarah Bénichou (Paris) – Chourouk Hriech

Chourouk Hriech pratique le dessin, exclusivement en noir et blanc, comme une promenade dans l’espace et le temps. Ses oeuvres, sur le papier, sur les murs, sur les objets qui nous entourent, appellent à la contemplation d’architectures anciennes et récentes, réelles et imaginaires, de personnages, d’animaux, de végétaux et de chimères. Ses dessins articulent et entrechoquent des motifs urbains, du quotidien, en suivant sereinement la course folle du monde, comme un désir de résistance et d’utopie. Née en 1977, Chourouk Hriech est diplômée de l’Ecole Nationale Supérieure des BeauxArts de Lyon. Elle a participé à de nombreuses expositions telles que le Printemps de Septembre à Toulouse en 2009, la 8ème Biennale de Shanghai « Rehearsal » en 2010 et « Soul to Soul » au CRAC (Centre d’Art Régional d’Art Contemporain) à Sète en 2011. Elle publie en 2003 un livre de dessins « The Pink Book » (éd. Villa St Clair, à Sète).

Elle a également exposé à la 3ème Biennale de Marrakech/au Musée Circullo Bellas Artes à Madrid/ à la Kunstnernes Hus, à Oslo/ à la Kunsthalle à Mulhouse/ au Musée d’art contemporain de Marseille/ au MAMCO à Genève/ au Musée Es Baluers de Palma de Mallorca/ Musée Cantini à Marseille/ au MAC/ VAL à Vitry sur Seine.

 

+ d’infos :
Sur le site Drawing room 017
Drawing Room : du 13 au 17 septembre 2017
La Panacée — Centre d’art contemporain
14 rue de l’école de pharmacie 34000 Montpellier

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